Pas tous égaux

Lors d’une nouvelle inscription au Forem, la file d’attente pour atteindre l’accueil, était d’une longueur impressionnante. Je regardai sans regarder les personnes qui me précédaient, nous étions tous pareils, tous dans la même galère, tous en attente tous las d’être là. Le monsieur à l’accueil, lui était d’une humeur massacrante, je l’entendais parler à très haute voix, il criait parfois  » il faut votre document d’identité »! « votre numéro national! » « C’est pour quoi exactement? », « Je vous demande votre numéro! » en accentuant chaque fois sur la fin de ses mots. Je commençais à le trouver assez désagréable et j’appréhendais mon passage à sa hauteur. Et pourtant lors de mon « interrogatoire » il me parla d’un ton très doux, limite mielleux, j’étais, je dois l’avouer, un rien déconcertée, un peu rassurée et apaisée.Il me sourit en clignant de l’œil et me donna mon numéro. Dans la salle d’attente, un visage familier, ma copine Y, une sympathique cap-verdienne, qui chante le fado comme elle seule. Elle me raconta que tout comme moi, elle n’avait plus de travail et qu’elle était là, depuis presque deux heures. J’enlève donc me veste et me prépare à attendre avec patience. Il ne se passe pas plus de 10 minutes et mon numéro apparaît sur tous les écrans, je suis stupéfaite! Ma copine me regarde avec un grand air interrogatif, puis me demande: Tu ne devais pas t’inscrire? Je la regarde en hochant positivement la tête. Elle me dit avec un grand sourire : Et ben! C’est peut-être parce que t’es la seule visage pâle! Il s’est pas rendu compte que t’es rouge hahahaha. Elle faisait référence à mon continent d’origine. Là, je regarde autour de moi et effectivement j’étais fort pâle. En une fraction de seconde, mes joues sont devenues rouges, de honte et ensuite de rage.