Equivalences

Quand je suis arrivée, j’avais l’impression que personne n’avait besoin de moi, malgré que derrière moi j’avais des expériences de travail. J’ai fait l’université, j’ai fait le droit et l’impression qu’il faut absolument apprendre la langue pour se débrouiller, pour trouver une place.

Et puis je me suis rendue compte aussi qu’avec ma profession je n’arriverai pas à vivre ici. Parce que c’est difficile de jouer avec la vie ou l’avenir des gens autres, j’étais juriste générale. Je pouvais travailler partout dans mon pays et ici non. Je pouvais mais je n’avais pas beaucoup de temps, il fallait faire encore un peu des études pour avoir l’équivalence de mon diplôme. Et moi, je n’avais pas le temps parce que j’avais les enfants et il fallait leur montrer aussi qu’il faut se battre, c’était important … Et puis ce qui était dur pour moi, c’est que mes enfants ils ont eu besoin de moi dans leurs études et moi je n’étais pas présente parce que je ne savais pas assez le Français. Ca me fait quelque chose encore tu vois, c’était difficile. En fait pour que mon enfant étudie, ce que je faisais, on prenait le manuel, le livre en français, on faisait la traduction en anglais, de l’anglais au russe et du russe je faisais la traduction en géorgien pour qu’il étudie. Il fallait passer par 4 langues pour qu’il m’explique la consigne, puis par 4 langues pour que je lui explique l’exercice. Il n’y avait pas de dictionnaire français – géorgien.
L’ainé il a terminé le commerce extérieur, le cadet est graphiste. Mais on n’a pas trouvé le boulot de leurs professions. Ils travaillent chez Quick, tous les deux. Malgré que l’ainé, il parle géorgien, français, anglais, russe et un petit peu l’allemand. Je pense que c’est compliqué pour tout le monde, ce n’est pas que pour les étrangers, pour les belges aussi. Pour tout le monde. Je pense que c’est le gouvernement aussi, c’est lié.

Extrait d’une interview réalisée par Edith Bertholet et Cécile Lecuyer dans le cadre du Projet « Action culturelle commune en faveur des réfugiés » de la chambre patronale des employeurs permanents des arts de la scène d’expression française.